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http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/international/34167-snc-lavalin-
tripoli-kadhafi-libye 
SNC-Lavalin construit une prison au pays de Kadhafi
Nouvelles générales - International  
Écrit par Marco Fortier     
Mercredi, 23 février 2011 23:15  
Mise à jour le Jeudi, 24 février 2011 10:13  

Dans le plus grand secret, la firme SNC-Lavalin construit une prison en
Libye, pays du dictateur Mouammar Kadhafi, qui y règne par la terreur depuis
41 ans. 

Au moment où Kadhafi réprime dans le sang les révoltes de citoyens qui
secouent le pays depuis neuf jours, la firme d’ingénierie québécoise aménage
un centre de détention et de réhabilitation de 275 millions de dollars en
banlieue de Tripoli, a appris Rue Frontenac.

La construction de ce complexe, appelé Guryan Judicial City, a été suspendue
ces derniers jours en raison de la violence qui sévit en Libye. Des employés
et sous-traitants de SNC-Lavalin travaillaient depuis plusieurs mois sur ce
vaste chantier qui n’a jamais été rendu public par la firme québécoise.

SNC-Lavalin brasse des affaires depuis une vingtaine d’années au pays de
Khadafi, mais a toujours gardé la plus grande discrétion sur son contrat
d’aménagement d’une prison en Libye. Dans son site Web, la firme décrit en
détail sa participation à la construction de l’aéroport de Benghazi (450 M$)
et l’aménagement de vastes canaux de transport d’eau potable (500 M$). Mais
pas un mot sur la construction d’une prison pour le régime de Kadhafi.

Courriel laconique

Une source proche de SNC-Lavalin et des recherches dans des sites Web
libyens ont permis à Rue Frontenac de découvrir la participation de la firme
québécoise à l’aménagement de la prison de Guryan. Il s’agit du « premier
centre de détention du pays à se conformer aux normes internationales des
droits humains », nous a écrit Leslie Quinton, vice-présidente aux
communications de SNC-Lavalin.

Ce courriel laconique représente la seule réponse de la firme d’ingénierie à
nos multiples questions. Les experts consultés par Rue Frontenac affirment
que les prisons libyennes ont bien mauvaise réputation et font partie de
l’arsenal du dictateur pour imposer la terreur.

« Il n’y a pas de régime de droit au sens exact du terme en Libye », dit
Sami Aoun, politologue à l’Université de Sherbrooke et spécialiste du monde
arabe.

« Il y a beaucoup de prisonniers politiques dans le pays. Et Kadhafi a
liquidé beaucoup d’opposants, chez lui et dans d’autres pays, avec ses
escadrons de la mort », précise-t-il.

Mauvais traitements

Le colonel a déjà fait tuer 1000 détenus qui s’étaient soulevés, au milieu
des années 1990. Les prisons sont généralement en piètre état. Et les
châtiments corporels sont courants dans les centres de détention, selon Sami
Aoun. Amnistie internationale parle aussi de mauvais traitements infligés
aux détenus dans les prisons de Kadhafi.

« La liberté d’expression, d’association et de réunion était toujours
fortement restreinte et les autorités ne toléraient pratiquement pas la
dissidence », écrit Amnistie dans le chapitre sur la Libye de son dernier
rapport annuel. 

« Des personnes qui avaient critiqué la situation des droits humains dans le
pays ont été sanctionnées. […] Des étrangers soupçonnés de séjourner
illégalement dans le pays, parmi lesquels figuraient des réfugiés et des
demandeurs d’asile, ont été incarcérés et maltraités », précise le rapport.

À la lumière de la violente répression en cours en Libye et du bilan des 41
dernières années, la construction d’une prison pour le régime de Kadhafi «
permet de poser de bonnes questions », croit Anne Sainte-Marie, porte-parole
d’Amnistie internationale à Montréal.

Opération charme

Le colonel Kadhafi a lancé une vaste offensive de charme, ces dernières
années, pour se faire réhabiliter par la communauté internationale. Après
avoir financé des dizaines d’attentats à la grandeur de la planète, dont
l’explosion, en 1988, d’un Boeing 747 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie,
en Écosse, le dictateur libyen a condamné le terrorisme.

Sami Aoun soupçonne que la construction du centre de détention et de «
réhabilitation » de Guryan par SNC-Lavalin fasse partie de la stratégie de
Kadhafi pour « plaire aux Occidentaux ».

L’opération charme a cependant pris une tournure imprévue avec le
soulèvement des Libyens contre le dictateur, à la mi-février. Mardi, Kadhafi
a livré un discours virulent, en direct à la télévision nationale. Il a
prévenu qu’il écraserait tous les opposants à son régime, qualifiés de «
rats », et qu’il est prêt à « mourir en martyr ».

Depuis une dizaine de jours, des centaines de civils ont péri aux mains des
soldats, policiers et mercenaires à la solde du dictateur libyen, qui ont
tiré sur les manifestants à coups de mitrailleuses et même d’avions de
chasse.

Le régime de Kadhafi a été condamné par toutes les organisations
internationales, y compris le Haut-Commissariat des Nations unies pour les
droits humains, pour sa réaction démesurée aux révoltes citoyennes.