Some first-hand information, for a change, from Québec's largest wind power plant operator....
Jaro
^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
Les éoliennes ne tiennent pas leurs promesses
Hélène Baril
La Presse, 27 avril 2004, nouvelles générales, p A1
Le Groupe Axor, qui exploite les deux seuls parcs éoliens du Québec et les plus grands au Canada, est déçu de son expérience. Depuis cinq ans, la production des éoliennes de Matane et de Cap-Chat a été de 40 % inférieure aux prévisions et le coût de l'électricité produite est beaucoup plus élevé que prévu.
Dans son mémoire soumis à la Régie de l'énergie qui examine le projet de centrale au gaz naturel du Suroît, Axor estime qu'il ne faut pas s'emballer trop vite pour le potentiel éolien du Québec.
Axor s'est fié à des modèles économiques préparés par des experts de renommée internationale, mais leurs prévisions se sont avérées beaucoup trop optimistes. " On a payé pour apprendre, notre mémoire est basé sur des expériences vécues ", a commenté Yvan Dupont, le président de l'entreprise propriétaire depuis cinq ans de 76 éoliennes à Cap-Chat et 57 à Matane.
En théorie, le facteur d'utilisation des éoliennes est de 25 %, c'est-à-dire qu'elles produisent de l'énergie pendant 25 % du temps. L'expérience d'Axor a été moins concluante. " La réalité basée sur cinq années d'exploitation est que dans les meilleures années, où tout fonctionne sans pépin, le facteur d'utilisation a été de 18 % et qu'il a été de 16,5 % en moyenne pour les 12 derniers mois de production ", écrit Louis Gagnon dans le mémoire soumis à la Régie.
Selon l'ingénieur d'Axor, la nouvelle technologie des éoliennes permettra d'améliorer leur rendement, mais pas énormément. " On estime que cela ne permettra pas d'augmenter les facteurs d'utilisation de plus de 4 % environ, c'est-à-dire qu'ils pourront atteindre 22 %, ce qui sera bien loin de ce que s'imaginent plusieurs, toujours à partir d'analyses théoriques. "
En raison de ce faible rendement, l'électricité produite à partir des éoliennes gaspésiennes est beaucoup plus coûteuse que prévu et Axor perd de l'argent avec ses deux parcs dont l'énergie est vendue à Hydro-Québec.
" Le projet a donc perdu toute rentabilité et survit uniquement grâce à des efforts intenses de rationalisation, une restructuration du financement de la dette, des réinjections de fonds à risque et l'espoir lointain de revente dans le futur des crédits de gaz à effet de serre ", écrit Louis Gagnon.
Selon lui, pour être rentable, l'électricité produite doit être vendue à 9 cents le kilowattheure à Hydro-Québec, ce qui est supérieur aux autres formes d'énergie disponibles comme le gaz naturel et l'hydroélectricité, dont le coût de revient est autour de 6 cents. L'écart de coûts est donc de 50 %.
En outre, en raison des investissements importants requis par l'implantation d'un parc éolien, toute augmentation de 1 % des taux d'intérêt devrait se traduire par une hausse de 1 cent par kilowattheure d'électricité produite, estime l'ingénieur.
" Plusieurs promoteurs qui tentent actuellement de développer des parcs se basent sur des prévisions théoriques des revenus qui sont surévalués ", prévient-il.
Des avantages
Le Groupe Axor estime néanmoins que l'énergie éolienne a plusieurs avantages, le principal étant qu'elle n'émet aucun polluant dans l'atmosphère. Pour cette raison, l'opinion publique est favorable à cette forme d'énergie, mais cet appui pourrait diminuer advenant l'implantation massive d'éoliennes au Québec. " L'effet causé par l'accumulation d'éoliennes n'a pas à date été évalué et pourrait soulever des inquiétudes ", souligne l'ingénieur.
Autre avantage, la production éolienne peut être augmentée rapidement. Avec la collaboration d'Hydro-Québec et du ministère de l'Environnement, Louis Gagnon estime que des projets éoliens peuvent être mis sur pied en moins de trois ans et fournir de l'énergie en 2007.
Axor estime toutefois que pour tirer le meilleur parti du vent, il faut jumeler les parcs éoliens à ces centrales hydroélectriques avec réservoirs, pour permettre à ceux-ci de faire le plein quand il vente suffisamment pour alimenter les éoliennes et pour prendre la relève quand le vent cesse.
Malgré les avantages de la production éolienne, le Québec ne peut pas compter sur cette forme d'énergie pour satisfaire ses besoins, estime le Groupe Axor. " La production éolienne au Québec, à cause du caractère aléatoire et intermittent des vents créés par les systèmes atmosphériques, ne peut fournir des quantités d'énergie stables dans le temps ", lit-on dans le mémoire soumis à la Régie de l'énergie.
Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas produire de l'énergie éolienne au Québec, conclut le président d'Axor. Mais il faut être conscient que ça coûte cher et que ça ferait augmenter la facture d'électricité des Québécois. " En réalité, le Québec est la pire place au monde pour faire de l'éolienne, dit Yvan Dupont, parce que les tarifs d'électricité sont plus bas que partout ailleurs. "